Une dernière brume s’élève de l’eau, comme un rideau qui tombe sur le théâtre de nos étés.
Ce matin, le fleuve n’a plus la même voix. Son murmure est devenu plus grave, étouffé par les premières feuilles rousses qui dérivent à la surface, telles de petites barques abandonnées.Sur la rive, les gestes sont plus lents, presque solennels.
On retarde le moment de plier la canne, ce prolongement de nos doigts qui, pendant des mois, a guetté le tressaillement de la vie dans le secret des courants.
Chaque lancer aujourd’hui ressemble à un adieu. On sait bien que les grands poissons sont déjà partis chercher la tiédeur des grands fonds, nous laissant seuls avec nos souvenirs.Le silence qui s’installe est immense.
Il efface les rires de l’aube, la ferveur des touches et l’adrénaline des combats suspendus au bout d’un fil. Il ne reste que la fraîcheur qui pique les yeux et cette certitude douce-amère : une page se tourne.En rangeant le matériel dans le coffre, l’odeur du nylon mouillé et du liège usé serre un peu le cœur.
La saison s’en va, emportant avec elle un morceau de notre liberté.
Les rivières vont s’endormir sous le ciel gris, et il nous faudra désormais apprendre la patience des longs mois d’hiver, en rêvant au murmure du printemps.

Très prochainement, je publierais notre séjour dans les Dolomites.
Merci de m’avoir lu !
<0)>>< Léo